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Handicap : un escape game immersif pour questionner nos préjugés
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Une nouvelle formation est proposée depuis peu à l’université de Bordeaux sous la forme d’une véritable expérience immersive : il s’agit d’un escape game qui permet de s’informer sur les différentes formes de handicap, de réfléchir à sa posture face aux personnes qui vivent ces situations et de lutter contre ses préjugés. Un récit à la première personne du singulier.
Le rendez-vous est donné au FabLab de l’université, à Gradignan, dans une salle a priori tout à fait lambda. Six personnels - uniquement des femmes ce jour-là - sont rassemblées autour d’une doctorante en Sciences de l'éducation et de la formation, Jeanne Chouvac, qui porte ce projet avec l’enseignant-chercheur Éric Dugas. L’expérience débute par un brief projeté sur le mur. Les consignes sont simples : nous aurons une heure pour accomplir une mission en coopérant les unes avec les autres. Puis chaque participante se voit attribuer un personnage dont elle récupère, dans un casier, la fiche de présentation succincte et un accessoire.
Je pioche Raphaël, un jeune chercheur en informatique « créatif et persévérant », qui « aime travailler seul », qui est « souvent perturbé par des stimuli extérieurs » et qui fait « attention aux moindres détails considérés par les autres comme anodins ». Mon accessoire est une sorte de cagoule équipée d’une grande visière qui me donne des airs de cosmonaute de pacotille. Aussitôt enfilé, ce couvre-chef m’isole déjà un peu des autres participantes, mais je m’estime plutôt chanceuse quand je découvre leurs propres équipements, l’une étant à moitié aveuglée par des lunettes semi-opaques, une autre perturbée par un casque audio qui lui susurre à l’oreille de mystérieuses paroles dont je ne découvrirai la teneur qu’à l’issue du jeu. Avec ma visière, finalement, j’y vois clair et j’entends normalement.
Après un bref « brise-glace » pour apprivoiser nos personnages et créer du lien entre nous, le jeu commence pour de bon : nous franchissons un paravent et nous retrouvons, comme pour n’importe quel escape game, dans un univers de fiction avec la scène d'exposition qui décrit notre mission et les premiers indices à notre disposition. Le compte à rebours est lancé, matérialisé par le bracelet que porte l’une d’entre nous et qui affiche l’énergie dont elle dispose pour mener à bien l'aventure - nous devrons vérifier, tout au long du jeu, où en est cette jauge qui s’épuise progressivement. Quant à la mission dont nous sommes investies, et qu'il serait dommage de « divulgâcher », disons simplement que nous nous retrouvons dans le bureau d’une chercheuse, sur la trace d’un document primordial qu’elle a oublié et que nous devons impérativement lui transmettre avant la fin du temps fixé.
Ressentir, coopérer, prendre du recul
La narration et ses rebondissements (le niveau de suspense est haletant), les énigmes à résoudre pour passer d’une salle à l’autre, la scénographie (décors, accessoires, mise en son, en espace…), tout est admirablement maîtrisé : notre petit groupe est immédiatement happé et gagné par l’excitation du jeu ! Au fil des étapes et des épreuves, la question du handicap affleure en permanence - quand nous avançons à l’aveugle dans une pièce obscure, ou quand il faut transmettre des instructions à l’une d’entre nous assourdie par un casque. Au bout d’une heure pleine d’émotions, nous entrons dans la dernière pièce du jeu et parvenons, sur le fil, à finaliser la mission.
Vient alors le temps du « débrief » et ce premier constat : nous sommes toutes très impressionnées par le dispositif, digne des meilleures salles du genre. Jeanne Chouvac, la cheffe de projet, explique que sa conception a pris près d’un an avec l’aide d’une agence spécialisée, The Sun Project. Elle-même ne s’est greffée qu’en cours de route avec son projet de thèse qui va la conduire, dans les prochains mois, à proposer cette expérience à des étudiants pour observer l'impact du jeu sur leur niveau d’empathie vis-à-vis du handicap. Car l’objectif de cette expérience immersive est bien là : prendre conscience des handicaps « endossés » par chacun des personnages - des handicaps souvent invisibles mais que nous percevons enfin pour les avoir personnellement ressentis au cours du jeu ou observés chez les autres participantes.
Mission accomplie pour cette formation aussi inattendue que profondément innovante.
À vous de jouer !
Cet escape game, intitulé « En quête d’inclusivité : le jeu pour comprendre le handicap », est disponible dans Form’action.
Le Mois de l'inclusivité
L’université de Bordeaux consacre le mois de mars à la promotion des valeurs de diversité, d'égalité et de respect. Toute la communauté universitaire est invitée à une série d’événements engagés pour s’informer, débattre et célébrer la diversité sous toutes ses formes.